Statistiques
BDSM, fétichisme et rencontres : les chiffres qui tiennent
J’ai réuni ici les chiffres que l’on peut vraiment citer. Chacun a été retrouvé dans l’étude ou le rapport d’origine, avec l’année de l’enquête et la taille de l’échantillon quand elle est publiée. Beaucoup de chiffres qui circulent sur ce sujet ne résistent pas à cette vérification : ils sont listés à la fin, avec la raison pour laquelle je ne les reprends pas.
Fantasmes et pratiques : bien plus répandus qu’on ne le dit
Les grandes enquêtes mesurent deux choses différentes, le désir et la pratique. L’écart entre les deux est la donnée la plus intéressante.
En 2012, 24 % des Françaises déclaraient avoir déjà reçu une fessée de leur partenaire, contre 8 % en 1985.
35 % des Françaises disaient avoir déjà eu un rapport en étant dominées, 16 % les yeux bandés et 15 % attachées ou menottées. Le bondage et le SM au sens strict restaient marginaux : 5 % en 2012, contre 3 % en 1985. Et près d'une sur deux (44 %) aimerait avoir un rapport en étant dominée.
En Belgique, 46,8 % des adultes ont déjà pratiqué au moins une activité liée au BDSM, et 22 % de plus disent en avoir eu le fantasme. Les auteurs en concluent qu'environ 70 % de la population a au moins un certain intérêt pour le BDSM. 12,5 % disent pratiquer au moins une de ces activités de façon régulière.
Au Québec, 45,6 % des adultes expriment le désir d'au moins une pratique classée comme « paraphilique » par le DSM-5, et 33,9 % en ont déjà eu l'expérience au moins une fois.
Au Québec, 44,5 % des adultes expriment un désir lié au fétichisme et 26,3 % en ont déjà eu l'expérience. L'intérêt est aussi élevé chez les femmes (47,9 %) que chez les hommes (40,4 %).
Au Québec, 23,8 % des adultes expriment un désir lié au masochisme (être dominé ou humilié) et 19,2 % l'ont déjà expérimenté. Ce désir est plus fréquent chez les femmes (27,8 %) que chez les hommes (19,2 %). Le désir lié au sadisme reste minoritaire (7,1 %).
Le fantasme d'être dominé sexuellement est rapporté par 64,6 % des femmes et 53,3 % des hommes. Celui d'être attaché par 52,1 % des femmes et 46,2 % des hommes. Les fantasmes de soumission et de domination sont significativement liés chez les mêmes personnes.
Aux États-Unis, au moins 30 % des adultes ont déjà pratiqué la fessée dans un cadre sexuel, au moins 20 % le fait d'attacher ou d'être attaché, au moins 22 % le jeu de rôle et au moins 13 % le fouet « ludique ».
En Australie, seuls 2,0 % des hommes et 1,4 % des femmes sexuellement actifs déclarent avoir pratiqué le BDSM au cours des 12 derniers mois. La pratique régulière reste donc bien plus rare que le fantasme.
Les communautés et les plateformes
Peu de gens se reconnaissent dans l’étiquette, beaucoup partagent l’intérêt. Les chiffres des plateformes sont déclaratifs : ils comptent des comptes, pas des personnes actives.
26 % des Belges se disent intéressés par le BDSM, mais seulement 7,6 % se définissent comme pratiquants.
JOYclub, plateforme née en Allemagne et lancée en France en 2021, affiche sur sa page d'accueil française « 7 436 492 membres heureux », tous pays confondus (aucune répartition par pays n'est publiée).
Wyylde affiche sur sa page d'accueil 7 millions d'utilisateurs inscrits et 700 000 visites par jour.
Feeld revendique 14 millions d'utilisateurs, avec 85 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2025 (+31 % sur un an).
FetLife, le réseau social de la communauté BDSM et fétichiste, compte 12 632 253 comptes selon le compteur du site relevé en décembre 2025.
Les rencontres en ligne
Rencontrer par une application est devenu banal, surtout avant 30 ans.
En France, 17,9 % des femmes et 23,7 % des hommes ont déjà rencontré un ou une partenaire sexuel·le par un site ou une application de rencontre. En 2006, seuls 10 % des femmes et 13 % des hommes s'étaient déjà connectés à un site de rencontre.
Chez les moins de 30 ans, 39,4 % des femmes et 43,5 % des hommes ont déjà rencontré un ou une partenaire sexuel·le par un site ou une application.
30 % des adultes américains ont déjà utilisé un site ou une application de rencontre, et un adulte en couple sur dix a rencontré son conjoint ou partenaire actuel de cette façon.
Sécurité et bien-être
Les rencontres en ligne exposent à des comportements insistants, et les études sur les pratiquants contredisent l’image d’une pathologie.
Parmi les Belges qui se disent intéressés par le BDSM, moins de 5 % en ont parlé à un membre de leur famille et 24,6 % à un ami. 61,4 % ont pris conscience de cet intérêt avant 25 ans, et 85,5 % des pratiquants le vivent à domicile plutôt qu'en club ou à l'hôtel.
Comparés à un groupe témoin, les pratiquants du BDSM se montrent moins névrosés, plus extravertis, plus ouverts, plus consciencieux, moins sensibles au rejet, et ils déclarent un bien-être subjectif plus élevé. Les auteurs y voient une activité de loisir plutôt que l'expression d'une pathologie.
Parmi les Américaines de moins de 50 ans qui ont utilisé une application de rencontre, 56 % ont reçu un message ou une image à caractère sexuel non sollicité, 43 % ont été recontactées après avoir dit non et 11 % ont reçu des menaces de violences physiques.
En France, 13,1 % des femmes et 12,8 % des hommes déclarent avoir déjà vécu une expérience préjudiciable en ligne (harcèlement sexuel, réception d'images intimes non sollicitées, diffusion d'images intimes à leur insu). C'est le cas de 33,2 % des femmes et 24,7 % des hommes de 18 à 29 ans.
En Australie, trois utilisateurs d'applications de rencontre sur quatre ont subi des violences ou un harcèlement sexuels en ligne liés à ces plateformes au cours des cinq dernières années, et environ un sur trois a subi de telles violences en personne de la part d'une personne rencontrée par ce biais. Le comportement le plus fréquent est d'être recontacté avec insistance après avoir dit non (47,2 %).
Arnaques aux sentiments et sextorsion
Les chiffres officiels les plus complets sont américains ; en France, Cybermalveillance.gouv.fr donne la tendance.
En 2022, près de 70 000 Américains ont signalé une arnaque aux sentiments à la FTC, pour 1,3 milliard de dollars de pertes déclarées (perte médiane : 4 400 dollars). 40 % des victimes ayant perdu de l'argent disent que le contact avait commencé sur un réseau social, et 19 % sur un site ou une application.
Les signalements de sextorsion liés à une arnaque aux sentiments ont été multipliés par plus de huit depuis 2019. Une fois rapportés à la population, les 18-29 ans sont plus de six fois plus susceptibles d'en signaler que les 30 ans et plus. Environ 58 % des cas de 2022 ont commencé sur un réseau social.
En 2024, le FBI a reçu 17 910 plaintes pour escroquerie aux sentiments ou abus de confiance, pour 672 millions de dollars de pertes déclarées.
L'extorsion, sextorsion comprise, est la deuxième catégorie de plaintes la plus fréquente reçue par le FBI en 2024 : 86 415 plaintes, pour 143 millions de dollars de pertes déclarées.
En 2024, Cybermalveillance.gouv.fr a constaté une hausse de 924 % des demandes d'assistance pour sextorsion, soit environ dix fois plus qu'en 2023. Les victimes sont généralement approchées sur un site de rencontre, un réseau social ou une messagerie, et les jeunes hommes sont de plus en plus ciblés.
Chiffres qui circulent mais que nous ne reprenons pas
- « À peine 3 à 5 % des Français pratiqueraient le BDSM. » Aucune enquête n'est citée. Le chiffre ne correspond à aucune étude Ifop identifiée. Le chiffre français le plus proche (5 % de femmes pratiquant le bondage ou le SM « hard », Ifop 2012) ne mesure pas la même chose.
- Wyylde compterait « plus de 5 millions d'inscrits » et « 1 000 000 d'utilisateurs par jour », ou encore « 4 millions d'inscrits ». Ces chiffres ne sont pas sourcés et sont incohérents entre eux comme avec ceux du site lui-même (7 millions d'inscrits, 700 000 visites par jour). Seul le chiffre déclaratif du site est retenu.
- Feeld compterait « plus de 3 millions de membres dans plus de 100 pays ». Aucune source n'est citée, et le chiffre contredit les 14 millions d'utilisateurs rapportés par Forbes d'après les comptes de l'entreprise.
- « Près de 59 000 Américains ont perdu 697,3 millions de dollars dans des arnaques aux sentiments » en 2024. C'est une projection modélisée et non un chiffre officiel. Elle ne correspond pas aux données FTC (pertes 2025 en hausse de 22 % sur 2024, ce qui situe 2024 autour d'1,2 milliard).
- Arnaques aux sentiments : « des pertes déclarées en hausse de 22 % à 1,48 million » (FTC, 2025). Le texte officiel dit « million », manifestement une coquille pour « milliard », et l'année n'est pas explicitement rattachée au chiffre. À ne citer qu'après vérification dans le Consumer Sentinel Data Book 2025.
- JOYclub compterait « plus de 2 750 000 membres » ou « plus de 5,6 millions d'utilisateurs ». Ces chiffres ne sont pas sourcés et ne sont pas datés. Le compteur affiché par la plateforme indique 7 436 492 membres.
- Au Québec, le désir lié au fétichisme serait de « 46,3 % » (avec 22,8 % d'expérience). Ces chiffres sont faux par rapport au tableau 1a de l'article : 46,3 % correspond au voyeurisme. Le fétichisme est à 44,5 % de désir et 26,3 % d'expérience.
Reprendre ces chiffres
Vous pouvez citer cette page librement. Merci de mentionner la source d’origine de chaque chiffre et, si vous le souhaitez, un lien vers cette page, que nous mettons à jour quand une nouvelle enquête paraît.
Source : Mes Penchants, « BDSM, fétichisme et rencontres : les chiffres qui tiennent », https://mespenchants.com/statistiques/
Sources et vérifications
- Les Françaises et le « mommy porn » : entre fantasmes et réalité (étude n° 110 898) (Ifop pour Femme Actuelle) · consulté le 09/10/2026
- Fifty Shades of Belgian Gray (Holvoet et al.) (The Journal of Sexual Medicine, 14(9), 1152-1159) · consulté le 09/10/2026
- The Prevalence of Paraphilic Interests and Behaviors in the General Population: A Provincial Survey (Joyal & Carpentier) (The Journal of Sex Research, 54(2), 161-171) · consulté le 09/10/2026
- What Exactly Is an Unusual Sexual Fantasy? (Joyal, Cossette & Lapierre) (The Journal of Sexual Medicine, 12(2), 328-340) · consulté le 09/10/2026
- Sexual diversity in the United States: Results from a nationally representative probability sample of adult women and men (Herbenick et al.) (PLOS ONE, 12(7): e0181198 (2017)) · consulté le 09/10/2026
- Bondage-Discipline, Dominance-Submission and Sadomasochism (BDSM) From an Integrative Biopsychosocial Perspective: A Systematic Review (De Neef et al.), citant Richters et al., J Sex Med 2008 (Sexual Medicine, 7(2), 129-144 (2019)) · consulté le 09/10/2026
- Psychological Characteristics of BDSM Practitioners (Wismeijer & van Assen) (The Journal of Sexual Medicine, 10(8), 1943-1952) · consulté le 09/10/2026
- Contexte des sexualités en France (CSF-2023) : premiers résultats (Inserm / ANRS-MIE) · consulté le 09/10/2026
- Key findings about online dating in the U.S. (Pew Research Center (2 février 2023)) · consulté le 09/10/2026
- Sexual harassment, aggression and violence victimisation among mobile dating app and website users in Australia (Research Report no. 25, Wolbers et al.) (Australian Institute of Criminology (4 octobre 2022)) · consulté le 09/10/2026
- Page d'accueil JOYclub France (JOYclub (F&P GmbH)) · consulté le 09/10/2026
- Page d'accueil Wyylde (Wyylde) · consulté le 09/10/2026
- Feeld revenue 2025: $85 million (Global Dating Insights (citant Forbes)) · consulté le 09/10/2026
- FetLife (infobox, réf. fetlife.com, consulté le 16 décembre 2025) (Wikipédia (anglophone)) · consulté le 09/10/2026
- Romance scammers' favorite lies exposed (Data Spotlight) (Federal Trade Commission (9 février 2023)) · consulté le 09/10/2026
- Internet Crime Report 2024 (FBI – Internet Crime Complaint Center (IC3)) · consulté le 09/10/2026
- Rapport d'activité 2024 – Au cœur de l'action cyber (Cybermalveillance.gouv.fr (GIP ACYMA), hébergé par vie-publique.fr) · consulté le 09/10/2026
