Arnaques : s’informer et se défendre
Sextorsion : comment réagir face au chantage

Vous n’êtes pas en faute
La sextorsion est un chantage. Quelqu’un menace de diffuser des images intimes, une vidéo ou des conversations si vous ne payez pas. Parfois, il menace aussi de révéler vos envies à votre entourage ou à votre employeur.
Si vous lisez cette page, vous êtes peut-être sous le choc, et c’est une réaction normale. Je voudrais que vous reteniez une chose avant toutes les autres : la faute est du côté de l’auteur, pas du vôtre. Partager une image avec une personne en qui l’on croyait pouvoir avoir confiance n’a rien d’illégal entre adultes. Menacer de la diffuser pour obtenir de l’argent, si : cybermalveillance.gouv.fr cite l’extorsion (article 312-1 du Code pénal), punie de 7 ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende.
L’auteur compte sur votre gêne et sur l’urgence. Vous avez le droit de prendre le temps de lire ce qui suit avant de répondre quoi que ce soit. C’est même ce que je vous conseille.
Comment le chantage se met en place
Le scénario se ressemble d’une affaire à l’autre. Tout commence par un contact très chaleureux, sur un site de rencontre ou un réseau social, souvent un profil séduisant qui partage vos centres d’intérêt. Très vite, la conversation glisse vers une messagerie ou un appel vidéo, hors de la plateforme. Vient ensuite une demande d’images ou de vidéo, présentée comme un jeu ou une preuve de confiance.
Puis le ton change. L’auteur montre une capture ou un enregistrement, puis la liste de vos contacts. Il exige un paiement, souvent en cartes cadeaux, en cryptomonnaies ou par virement, avec un délai très court.
Il existe aussi une variante sans aucun échange préalable : un e-mail affirme que votre ordinateur ou votre webcam a été piraté. Ces messages sont souvent envoyés en masse, sans image réelle.
Dans les rencontres fétichistes, l’auteur peut aussi menacer de révéler vos préférences. Le mécanisme est le même, et la réponse aussi.
Les signaux d’alerte
Le premier signal, c’est une invitation à quitter la plateforme très tôt, avant même un échange approfondi. Hors du site, plus personne ne modère.
Méfiez-vous aussi d’une intimité qui s’accélère sans raison. Si l’autre personne propose un appel vidéo intime dès les premiers échanges, sans montrer clairement son visage, prenez du recul.
Un intérêt marqué pour vos réseaux et vos proches doit vous alerter. Votre nom complet, votre employeur, l’accès à vos comptes : c’est exactement ce qui servira à vous menacer.
Enfin, l’image de l’autre ne correspond pas toujours à la personne. Une recherche par image sur ses photos de profil peut le révéler, car les auteurs utilisent souvent des photos volées.
Pour reconnaître ces profils plus tôt, lisez notre dossier sur les faux profils.
Exemples de messages types
Ces messages sont anonymisés et reformulés. Ils reprennent les formulations les plus fréquentes.
« J’ai enregistré notre appel vidéo. J’ai aussi la liste de tes amis. Tu as 24 heures pour payer, sinon tout le monde la verra. »
La menace classique. Le délai très court sert à vous empêcher de réfléchir.
« Paie en cartes cadeaux, envoie-moi les codes en photo. Si tu contactes la police, je publie tout immédiatement. »
L’auteur veut un paiement difficile à tracer, et il cherche à vous isoler. C’est justement une raison de porter plainte.
« Je connais ton secret. Ta famille et ton patron vont savoir ce que tu aimes. »
Une menace de révélation, sans image. Le chantage est le même, la réponse aussi.
« Votre appareil a été piraté et votre webcam a enregistré vos activités. Votre mot de passe est le suivant. Payez en cryptomonnaie sous 48 heures. »
L’e-mail envoyé en masse. Ne répondez pas.
Que faire maintenant
Ces étapes suivent les recommandations de cybermalveillance.gouv.fr.
1. Ne payez pas
Le paiement ne met pas fin au chantage. Il montre à l’auteur que vous payez, et il reviendra. N’envoyez pas non plus d’autres images, même si l’on vous promet de tout effacer en échange.
Si vous avez déjà payé, contactez votre banque pour tenter d’annuler l’opération.
2. Coupez le contact, sans rien effacer
Cessez de répondre et bloquez l’auteur sur toutes les messageries. Ne supprimez pas vos comptes : désactivez-les. Gardez la conversation. Passez vos comptes de réseaux sociaux en privé et masquez la liste de vos contacts.
3. Conservez les preuves
Faites des captures d’écran de :
- les messages et les menaces, date visible ;
- le profil de l’auteur, son pseudonyme et ses identifiants sur chaque messagerie ;
- les adresses de paiement ou de portefeuille demandées ;
- vos justificatifs de paiement, si vous avez payé.
Relire ces messages peut être difficile. Faites-le à votre rythme, et si possible avec une personne de confiance à côté de vous.
4. Signalez
Commencez par la plateforme où le contact a commencé, avec sa fonction de signalement. Signalez ensuite sur Pharos, internet-signalement.gouv.fr, le portail officiel de signalement des contenus illicites en ligne ; un signalement ne remplace pas une plainte. Le service 17Cyber, 17cyber.gouv.fr, propose un diagnostic en ligne 24h/24, des conseils et, pour certaines menaces, un échange par tchat avec un policier ou un gendarme.
5. Portez plainte
Au commissariat, à la gendarmerie, par courrier au procureur de la République, ou en ligne via THESEE (accessible depuis service-public.gouv.fr, avec FranceConnect). Apportez vos preuves.
6. Si les images ont été diffusées
Demandez leur retrait au réseau social ou au site concerné. Sans réponse sous un mois, vous pouvez adresser une plainte à la CNIL. Signalez aussi le contenu sur Pharos.
7. Faites-vous accompagner
Le 116 006, numéro d’aide aux victimes, vous écoute, vous informe sur vos droits et vous oriente. Appel et service gratuits, 7 jours sur 7.
Si vous vous sentez en danger, ou si les menaces visent votre sécurité physique : 17 ou 112.
Les autres démarches, notamment bancaires, sont détaillées dans notre dossier Victime d’une arnaque : les démarches dans l’ordre.
Contacts officiels hors de France
Belgique : urgence police 101 ou 112. Ne payez pas, conservez les preuves, bloquez l’auteur et portez plainte auprès de la police locale. Safeonweb, le site du Centre pour la Cybersécurité Belgique, consacre une page à la sextorsion ; les messages suspects peuvent être transférés à suspect@safeonweb.be.
Suisse : urgence police 117 ou 112. Portez plainte auprès de la police. Le 142, numéro national d’aide aux victimes depuis le 1er mai 2026, offre des conseils gratuits et confidentiels, avec ou sans plainte. Ce n’est pas un numéro d’urgence.
Québec : urgence 911. Prévenez la police locale, puis signalez au Centre antifraude du Canada, au 1-888-495-8501 ou sur signalercyberetfraude.canada.ca. Pour un soutien : CAVAC, 1 866 532-2822.
Se protéger pour la suite
Ce qui vous est arrivé ne vous oblige pas à renoncer aux rencontres en ligne. Quelques règles réduisent nettement le risque. Restez sur la plateforme tant que la confiance n’est pas établie. Ne montrez pas votre visage sur une image intime. Et gardez vos comptes personnels pour plus tard, quand vous connaîtrez mieux la personne.
Notre guide anonymat et vie privée détaille ces précautions. Le guide sécurité et consentement rappelle qu’un consentement vaut pour un échange précis, et qu’il se retire à tout moment. Notre dossier pour reconnaître une arnaque complète ces conseils.
Pour choisir une plateforme modérée : les sites que nous avons vérifiés.
Questions fréquentes
Si je paie, le chantage s'arrêtera-t-il ?
Dois-je supprimer mes comptes pour que l'auteur ne me retrouve plus ?
J'ai honte de porter plainte. Va-t-on me juger ?
Les images ont été publiées. Peut-on les faire retirer ?
J'ai reçu un e-mail affirmant que ma webcam a été piratée. Est-ce sérieux ?
Sources et vérifications
- Pharos, portail officiel de signalement des contenus illicites de l'internet · consulté le 09/10/2026
- 17Cyber, assistance aux victimes de cybermalveillance · consulté le 09/10/2026
- Numéros d'urgence, Service-Public.fr · consulté le 09/10/2026
- Utilisation frauduleuse de la carte bancaire, Service-Public.fr · consulté le 09/10/2026
- Cybercrimepolice.ch, plateforme des polices suisses · consulté le 09/10/2026
- Signaler un incident de cybercriminalité ou de fraude, Centre antifraude du Canada · consulté le 09/10/2026
