Arnaques : s’informer et se défendre

Victime d'une arnaque : les démarches dans l'ordre

D’abord, respirez

Vous n’avez rien fait de mal. Je sais que ce n’est pas forcément ce que vous ressentez en ce moment, mais c’est la vérité. Les escrocs qui opèrent sur les sites de rencontre sont organisés, patients et convaincants, et ils visent tout le monde.

Si vos envies sortent des sentiers battus, cela ne change rien à vos droits. La police et la gendarmerie traitent ces affaires tous les jours. Ce qui les intéresse, c’est l’escroquerie, pas votre vie intime.

J’ai classé les démarches ci-dessous dans l’ordre où il faut les faire. Prenez-les une par une. Personne ne vous demande de tout régler ce soir.

Identifiez votre situation

Les recours dépendent de ce qui vous est arrivé. Le plus souvent, cela tient dans l’un de ces trois cas :

  • vous avez payé un abonnement que vous ne vouliez pas, ou plus cher que prévu (voir notre dossier sur les abonnements cachés) ;
  • une personne rencontrée en ligne vous a soutiré de l’argent, au nom d’une demande d’aide, de frais de rencontre, d’un « hommage », de cartes cadeaux ou de cryptomonnaies (c’est souvent un faux profil) ;
  • on vous menace de diffuser des images ou de révéler vos envies. C’est du chantage, et notre dossier sur la sextorsion est à lire en priorité.

Les étapes qui suivent valent pour les trois.

Que faire maintenant : les étapes dans l’ordre

1. Arrêtez de payer et cessez le contact

Ne versez plus rien, même si l’on vous promet un remboursement en échange d’un dernier paiement. Ce dernier paiement ne sera jamais le dernier. Ne répondez plus aux messages. Bloquez la personne, mais ne supprimez pas la conversation.

Si quelqu’un vous menace ou si vous êtes en danger : appelez le 17 (police secours) ou le 112.

2. Conservez toutes les preuves

Faites des captures d’écran, date visible, de :

  • le profil et son identifiant ;
  • les messages échangés, du premier au dernier ;
  • les pages de paiement, les conditions générales et les e-mails de confirmation ;
  • vos relevés bancaires et justificatifs de virement.

Rangez-les dans un dossier à part, hors du téléphone si possible. Elles serviront à la banque, au signalement et à la plainte. C’est la partie la plus pénible, parce qu’il faut relire des messages qu’on préférerait oublier. Mais c’est aussi celle qui pèse le plus ensuite.

3. Contactez votre banque

Appelez-la le jour même. Ce qu’elle peut faire dépend de la façon dont l’argent est parti.

Si votre carte a été utilisée sans votre accord, faites opposition. Si votre banque n’est pas joignable, le serveur interbancaire d’opposition répond au 0 892 705 705 (24h/24, appel payant). Contestez ensuite l’opération au plus tard 13 mois après le débit. Si la carte est encore en votre possession, faites un signalement sur Perceval (via service-public.gouv.fr, avec FranceConnect et votre numéro d’opposition) : le récépissé appuie la demande de remboursement.

Pour un prélèvement SEPA, un prélèvement autorisé se conteste dans les 8 semaines, un prélèvement non autorisé dans les 13 mois. Pour bloquer les suivants, faites opposition et révoquez le mandat. Cela ne résilie pas le contrat.

Reste le paiement ou le virement que vous avez fait vous-même. C’est en principe une opération autorisée, et la banque n’est pas tenue de vous rembourser au titre de la fraude. Appelez-la quand même, pour tenter d’annuler l’opération. On ne perd rien à essayer.

4. Si un abonnement est en cause, résiliez

Résiliez par écrit et gardez la preuve. Vérifiez si vous êtes encore dans le délai de rétractation : en principe 14 jours à compter du lendemain de la souscription pour un service en ligne. Les étapes pour récupérer votre argent sont détaillées dans notre guide se faire rembourser.

5. Signalez

Un signalement ne remplace pas la plainte, mais il aide à repérer les auteurs. Signalez d’abord le profil à la plateforme, par la fonction prévue. Le site lui-même se signale sur SignalConso (signal.conso.gouv.fr), le service gratuit de la DGCCRF, qui ne règle pas votre litige individuel. Et si l’escroquerie s’appuie sur un contenu public illicite, comme une fausse annonce publiée en ligne, c’est sur Pharos, internet-signalement.gouv.fr.

Vous ne savez pas par où commencer ? Le service 17Cyber (17cyber.gouv.fr) propose un diagnostic en ligne, 24h/24. Il vous oriente vers la bonne démarche et, pour certaines menaces, vers un échange par tchat avec un policier ou un gendarme.

6. Déposez plainte

Vous pouvez porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Pour certaines escroqueries sur internet, la plainte peut aussi se faire en ligne via THESEE, accessible depuis service-public.gouv.fr avec FranceConnect.

Apportez vos preuves, imprimées ou sur une clé, et demandez un récépissé.

7. Faites-vous accompagner

Vous n’avez pas à tout gérer seul ou seule. Le 116 006, numéro d’aide aux victimes de France Victimes, vous écoute, vous informe sur vos droits et vous oriente vers une association près de chez vous. Appel et service gratuits, 7 jours sur 7. Depuis l’étranger : +33 1 80 52 33 76.

Pour une question précise sur une escroquerie, Info Escroqueries répond au 0 805 805 817 : des policiers et gendarmes vous informent et vous orientent. Appel gratuit, du lundi au vendredi.

Exemples de messages qui doivent vous arrêter

Ces messages sont anonymisés et reformulés. Ils arrivent souvent après une première perte d’argent, ce qui en dit long sur leurs auteurs.

« Je suis un enquêteur spécialisé. Nous avons retrouvé votre argent. Pour le débloquer, il faut régler des frais de dossier. »

Une seconde escroquerie, qui vise les victimes de la première. Ne payez jamais pour « récupérer » votre argent, quel que soit le titre que se donne votre interlocuteur.

« Je te jure que je vais te rembourser. Envoie-moi juste encore un peu pour payer la douane, et tout sera réglé. »

Un dernier paiement n’en est jamais un.

« Si tu portes plainte, tout le monde saura ce que tu aimes. »

Une menace destinée à vous faire taire. C’est en elle-même une raison de porter plainte.

Contacts officiels hors de France

Belgique : urgence police 101 ou 112. Plainte auprès de la police locale. Arnaques à la consommation : ConsumerConnect (SPF Économie). Blocage de carte : Card Stop, 078 170 170. Messages et liens suspects : suspect@safeonweb.be.

Suisse : urgence police 117 ou 112. Pour une cyberescroquerie, la plateforme des polices cybercrimepolice.ch permet de signaler un événement, sans valoir plainte : adressez-vous à la police pour porter plainte. Aide aux victimes de violence : le 142, depuis le 1er mai 2026. Ce n’est pas un numéro d’urgence.

Québec : urgence 911. Prévenez d’abord la police locale, puis le Centre antifraude du Canada au 1-888-495-8501 ou sur signalercyberetfraude.canada.ca. Soutien aux victimes d’actes criminels : CAVAC, 1 866 532-2822. Litige avec une entreprise : Office de la protection du consommateur, 1 888 672-2556.

Après : se protéger pour la suite

Changez les mots de passe des comptes liés à l’adresse e-mail que vous avez utilisée. Surveillez vos relevés pendant plusieurs mois. Et méfiez-vous de tout contact qui propose de vous « aider » à récupérer l’argent perdu : il y a de fortes chances qu’il travaille dans la même branche que le premier.

Si vous avez envie de vous y remettre un jour, notre guide anonymat et vie privée explique comment s’inscrire sans s’exposer, et notre guide sécurité et consentement rappelle les règles avant toute rencontre. Notre dossier pour reconnaître une arnaque et notre liste des sites signalés vous aideront à choisir. Et pour repartir sur des bases saines : les sites que nous avons vérifiés.

FAQ

Questions fréquentes

J'ai honte, je ne veux pas que mes envies soient connues. Dois-je quand même porter plainte ?
La décision vous appartient. Sachez seulement que les policiers et gendarmes traitent ces affaires tous les jours, et que vos préférences ne sont pas l'objet de l'enquête : c'est l'escroquerie qui l'est. Avant de décider, vous pouvez appeler gratuitement le 116 006, le numéro d'aide aux victimes, pour être écouté et conseillé.
Combien de temps ai-je pour contester un paiement auprès de ma banque ?
Pour un prélèvement SEPA autorisé : 8 semaines après le débit. Pour un prélèvement non autorisé : 13 mois. Pour une opération par carte faite sans votre accord : 13 mois après le débit, après avoir fait opposition. Ne jouez pas avec ces délais pour autant : plus vous agissez tôt, plus la demande est simple à traiter.
J'ai envoyé de l'argent de moi-même à un escroc. La banque va-t-elle me rembourser ?
En principe, pas au titre de la fraude bancaire : un virement ou un paiement que vous avez fait vous-même est une opération autorisée. Appelez quand même votre banque tout de suite pour tenter d'annuler l'opération. Puis déposez plainte, car c'est elle qui permet une éventuelle poursuite de l'auteur.
Un signalement sur Pharos ou SignalConso vaut-il plainte ?
Non. Pharos traite les contenus publics illicites en ligne et SignalConso alerte l'administration sur les pratiques d'une entreprise. Aucun des deux ne règle votre situation personnelle ni ne remplace une plainte. Ils restent utiles : ils aident les autorités à repérer les sites et les auteurs qui font plusieurs victimes.
J'habite en Belgique, en Suisse ou au Québec. Que dois-je faire ?
Les gestes sont les mêmes : preuves, banque, signalement, plainte. En Belgique, déposez plainte auprès de la police locale et signalez les arnaques à la consommation sur ConsumerConnect. En Suisse, adressez-vous à la police. Au Québec, prévenez la police locale puis le Centre antifraude du Canada. Les contacts figurent plus haut sur cette page.

Sources et vérifications

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À lire ensuite

  1. Abonnements cachés
  2. Faux profils
  3. Reconnaître une arnaque
  4. Sextorsion